Mariage et bouddhisme

Un autre aspect de la vie qui nous affecte presque tous, d’une manière ou d’une autre, de façon formelle ou informelle, est le mariage. La conception dans le bouddhisme du mariage est bien différente de la conception occidentale traditionnelle.

Ce n’est ni un sacrement religieux ni un contrat légal. Selon la tradition du bouddhisme le mariage est simplement une relation humaine, reconnue par les amis et la famille. Dans l’orient bouddhiste, aucune cérémonie n’est nécessaire. Le couple concerné peut organiser une fête pour amis et famille, et annoncer officiellement qu’ils vivent ensemble. Le couple peut aller au temple voisin et demander bénédiction mais ce n’est pas une cérémonie de mariage. Ils ne sont pas considérés comme vivant « dans le péché » ou illégalement ou de façon non-conventionnelle s’ils ne le font pas. Le mariage est, avant tout, la relation elle-même, le fait de vivre ensemble. Les moines donnant la bénédiction ne créent pas le mariage, ils le reconnaissent, leur bénédiction étant que le couple vive heureux, en accord avec l’esprit du dharma, s’aidant mutuellement à pratiquer les enseignements du Bouddha. Il n’y a donc pas de difficulté à dissoudre le mariage si ceux qui sont concernés le désirent, et la femme garde son nom. Monogamie, polygamie et même polyandrie existent dans les pays bouddhistes et sont considérés comme tout à fait respectables. L’attention bouddhiste est dirigée entièrement vers la qualité des relations humaines entre ceux qui sont concernés.

Voilà, en bref, les points de vue bouddhistes ordinaires sur la nourriture, le travail et le mariage, trois aspects clés de sila, la pratique tourné-vers-soi du bodhisattva. Mais nous ne devons pas oublier que c’est sila paramita qui nous intéresse ici : sila comme perfection, sila uni à prajna – sagesse. La droiture, aussi soigneusement observée qu’elle soit, n’est pas une fin en soi mais un moyen, un moyen vers l’éveil. Selon le bouddhisme, si sila est considéré comme une fin en soi, cela devient une entrave. Il en est de même avec le dana. Dana comme fin en soi est humanitarisme ou philanthropie ; c’est bien mais ce n’est pas suffisant. La seule vraie raison de pratiquer dana et sila est comme des moyens d’Eveil, pour soi-même et pour tous les êtres sensibles.

J’ai parlé plus tôt de la possibilité de conflit entre la pratique de dana et celle de sila. Santideva suggère que ce conflit potentiel peut être résolu si l’on agit avec attention, réflexion, soin et prise de conscience. Supposons par exemple, qu’un moine rencontre une femme très malade. Naturellement il voudra s’occuper d’elle et lui donner des remèdes. Mais être trop avec elle peut le conduire à mettre en péril ses vœux monacaux et à compromettre sa pratique de sila. Un conflit s’élève donc dans le contexte de sa vie monacale. Mais ça ne fait rien. S’il garde son attention et sa prise de conscience, qui qu’il fasse il résoudra ce conflit. Certaines règles monacales étaient très strictes et pouvaient gêner l’activité d’un bodhisattva : ne pas enseigner le dharma à des gens portant turban ou épée, ne pas manger après midi, ne pas monter dans une charrette tirée par des bœufs … Un bon nombre de moines Théravada de nos jours font l’expérience d’un conflit entre leur désir de propager le dharma, et les exigences des règles monacales qui gênent leur travail en temps que bodhisattva. Ce genre de chose a dû arriver fréquemment en Inde, alors que la société changeait, que le Mahayana se développait et que certaines règles étaient appliquées trop étroitement. Mais Santideva est rassurant et dit que si l’on est toujours attentif, de tels conflits seront non seulement résolus mais dépassés. C’est là l’union des opposés vers laquelle conduisent tous les aspects de l’idéal du bodhisattva.


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